Le blog de La Sorcière
 

Rien à voir avec la choucroute...

Mais pourquoi pas une petite anecdote à chaud, comme ça, genre malife.com, histoire de dire que parfois, être une fille, c'est chouette, et que si ce matin, je n'avais pas été sur mon 31 (et même thank god sur mon 312) pour aller au boulot, je serais à cet instant précis officiellement délestée de 135 euros ?

(C'est la pauvre Sixtine, enfermée chez elle, aux prises avec un serrurier suceur de sang, qui m'a inspiré ce grand déballage de ma vie privée et de mes démêlés avec la justice... )

135 euros, donc. Le prix de ? D'une amende, figurez-vous. Alors à votre avis, quel délit a commis la Sorcière ? Non, je n'ai agressé personne, ni pissé sur le trottoir, ni dégradé quelque bâtiment malgré l'éternelle tentation de la vie citadine. Non, j'ai honteusement omis de poser pied à terre devant un feu rouge, un feu rouge presque vert, d'ailleurs. Tellement presque vert que trente centimètres après que j'eus grillé le sacrosaint sémaphore, il ETAIT vert. Je le savais, je le connais par coeur, ce feu, et je voulais surtout éviter de me faire pousser au cul par des automobilistes impatients (et probablement assoiffés de sang, d'ailleurs).

Sans remords aucun je poursuis mon petit bonhomme de chemin. Jusqu'au moment où la police montée m'a rattrapée. Oui, vous lisez bien, la police montée. Ces fourbes vélocipédistes qui fondent sur vous au moindre impair. Me voilà faite comme un rat, aux prises avec... avec... oh my god... Environ 35 ans, brun, l'oeil bleu sévère mais derrière lequel on sent le bon gars... Agah, agah... Ca y est, j'ai six ans et demi...

Evidemment, l'autorité policière commence à me débiter son chapelet moralisateur, brandit le carnet tant redouté, évoque les 135 euros (je manque de fondre en larmes), à grand peine, je reste digne tout en me disant qu'il existe probablement un moyen d'échapper à la saignée. Eh bien même pas la peine de dégainer l'oeil de biche, dites donc ! Ce grand couillon a marché tout seul, sans même que j'aie besoin de recourir à la plus vieille ruse du monde...

Lui : "Ah tout de même mademoiselle, ce n'est pas l'exemple que vous voulez donner aux enfants !"
Moi : "Euh, non, bien sûr, mais vous savez, les automobilistes..."
Lui : "Vous avez des enfants, mademoiselle ? Non bien sûr, vous êtes trop jeune pour ça... uhuhuh !"
Moi : "Eh bien, pas tant que ça, en fait, hihihi..."
Lui : "En tous cas vous faites toute jeune !" (j'y crois pas, l'oeil bleu s'attendrit, ce con ME DRAGUE !)
Moi : "Arf, merci c'est gentil !" (et les 135 euros, alors ?)
Lui : "Bon, je vous fais grâce des 135 euros pour cette fois. Vous faites quoi dans la vie ?" (gné ?)
Moi : "Ben euh, je deale, pourquoi ?"
Lui : "Ah, et vous êtes un peu en retard, j'imagine ?"
Moi : "Ouais, vous pensez bien."
Lui : "Bon, ça va pour cette fois, hein ?"
Moi (oeil de biche pour le conforter dans sa toute puissance masculine, ce brave) : "Merciiiii !"

J'enfourche Ernesto, je donne deux coups de pédale...

Lui : "Et les trottoirs, c'est pour les piétons !"
Moi : "Comment vous voulez que je fauche des mémés si je roule sur la route ?!?" *pédale pédale*

Uh uh uh !

Moralité, les filles, si vous voulez griller des feux à vélo, arrangez-vous pour avoir vidé votre tube de glosskibrille et usé voire surabusé du mascara. Franchement, ça peut valoir la peine.

Et maintenant, vous avez intérêt à savourer chaque note parce que ce sera peut-être la dernière. Si j'arrête de rouler sur les trottoirs et d'anticiper les feux verts, il ne me reste sans doute que quelques jours à vivre. Ainsi soit-il.

 

Le diable s'habille en Prada

Oui, enfin c'est ce que je croyais.

Car oui, cher lecteur, cher habitué. Sache que chaque jour, tu viens sur le blog d'une démente, une grande malade...

Explication : aujourd'hui, je voulais de la DE-TEN-TE. Une nazerie tranquille toute seule, avant de dîner gentiment avec mes keupines (que je bise, les braves, car j'ai passé une bonne soirée, smouak !).

Donc nantie de ma carte cinéàvolontéquelleestpériméemaiscestpasgrave, que j'honore trop rarement, en ce moment, d'ailleurs, et qui me permet d'aller voir les pires navets sans aucune arrière-pensée (cf Da Vinci Code), me voilà partie faire la queue au cinoche, bravement. J'adore aller au ciné toute seule, on rencontre toujours des tas de gens, c'est une expérience sympa et en plus je suis plutôt d'un naturel liant. Brèfle ! Je fais la queue, chope les prospectus, jure dans ma moustache parce que j'ai raté le festival du film goth (ptain, ces cons ont passé "Le cauchemar de Dracula" et personne ne m'a prévenue !!! Mais c'est un de mes films cultes ! Papaaaaaa !!!), consulte le numéro de salle (numéro 2, Sorcière, numéro 2, pour Prada), arrive au guichet, brandis ma carte et là : "World Trade Center, s'il vous plaît !"

Heing ?

Qu'est-ce ? Que fut-ce ?

On la refait : Prada on avait dit, couillonne, PRA-DA ! On avait dit détente, pas cauchemar !

Encore sous le choc, quasi-zombifiée, je gravis péniblement les escaliers, ma vie défile devant mes yeux et... Non je déconne. Là, je me dis, salle 2, salle 2, il est encore temps... Eh ben non, rien à faire, me voilà salle 4, déserte, naturellement, la salle 4...

Je m'affaisse lamentablement au troisième rang, mon rang fétiche, j'adore en prendre plein la gueule. Il eût sans doute été judicieux que je décidasse de reculer prudemment. Nenni ! Il fallait mener l'expérience jusqu'au bout. Apparemment, mon subconscient en avait décidé ainsi.

Les bandes-annonces ? Je n'en vois rien. Trop occupée à me dire que je peux toujours sortir de la salle, après tout, Prada, c'est juste de l'autre côté du couloir. J'en profite pour repérer les issues de secours. En cas de panique, il y a toujours l'option certes peu glorieuse du repli stratégique. On dit ça, on dit ça. N'empêche que devant "Un Long Dimanche de Fiançailles" il y a quelques années, votre hôtesse a passé toute la séance pétrifiée, les yeux écarquillés et les deux mains sur les oreilles, tout en se répétant "il faut que je parte, il faut que je parte". Ah ça, on faisait pas sa maligne, ce jour-là !

Rien à faire, je suis scotchée, prête à revivre MON 11 septembre (cf une note de West Wing où j'explique, z'avez qu'à chercher, bandes de feignasses). Fallait bien que ça arrive un jour, non ?

Est-ce que c'est parce que ça fait juste cinq ans, que j'ai lu il y a quelques jours la BD inspirée du rapport de la commission d'enquête du Congrès (je vous la recommande, c'est super documenté, et très clair, les dessins sont supers, bref, très réaliste), est-ce que c'est parce que je bosse dans le milieu journalistique, qu'on en a bouffé des dossiers et des dossiers, que j'en ai marre de faire l'autruche ? Bref, j'y suis allée. Clairement pas pour voir un chef d'oeuvre mais pour me regarder moi, et mes réactions.

Les dix premières minutes ont été les plus terribles. On attend de voir les avions s'encastrer. Niet, nada, on ne les voit pas, à peine une ombre du premier, comme dans la bande-annonce, c'est presque pire.

Ensuite ma foi, je me suis détendue, j'ai très peu marché, à vrai dire. Pas choquée, pas intimidée, à peine touchée par les personnages. Je crois que Stone s'est planté, sur ce coup-là. Hormis Ground Zero qui est plutôt bien réussi, il y a trop de décalage. L'écroulement des tours est bien trop lège, on a du mal à imaginer ces machins de ouatemille étages s'effondrant aussi gentiment. Je sais que ce n'était pas le sujet, que Stone n'a pas voulu faire du docu, que c'était supposé être centré sur les personnages, sur l'humain. Mais bon, c'est ni fait ni à faire, c'est bâtard, longuet, lourdingue... Le tout noyé dans une musique nauséabeurk...

La seule séquence qui m'a vraiment fait lever un sourcil au fur et à mesure que je m'avachissais dans ce divin fauteuil, ce fut le sauvetage des deux gars. Parce que là, on se dit qu'il n'y a pas de petite victoire. Vingt mecs sauvés en tout sur des centaines qui n'ont jamais été retrouvés... Ouais, j'imagine que quand on risque sa vie pour aller désincarcérer un blessé sous vingt mètres de ferrailles, ça doit être énorme. Dérisoire mais énorme. Donc ça, ouais, pas mal.

Le reste. Grosses ficelles... Sentimentalisme primaire, femmes en larmes, etc etc... Ca commence simplement et dignement, ça finit bêtassement. C'est pas que ce n'est pas beau, au fond, c'est juste que c'est bancal. Oliver, Oliver, Oliver...
J'étais curieuse, n'empêche, de voir ce qu'il était devenu. Oliver, c'est le pote d'un de mes profs, le pote perso. De ce prof que j'ai eu en première année de fac, critique de cinoche, qui nous a tenu six mois de cours de civi américaine en les illustrant par des films. Des grands classiques, des trucs que je n'avais jamais vus. J'avais dix-huit ans, et c'était mon cours préféré, de très loin, très enthousiasmant, différent... Depuis j'ai acheté ses bouquins, d'ailleurs.

Pas déçue, au final, parce que mon détachement me plaît. Parce que je sais que c'est bien, que je peux peut-être oser des films plus "difficiles". Dommage seulement d'avoir tiré "ça" du 11 septembre. Je suis consciente que c'est ce que voulait explorer le réalisateur. Mais à mon avis, il s'est grave planté. Ce film ne devrait pas s'appeler World Trade Center. Il ne parle pas du World Trade Center. Et ce n'est pas les tours qu'on devrait voir sur l'affiche.

En fait, je me dis que ce qu'a fait Stone, c'est probablement exactement le contraire de ce qu'il aurait fallu faire. Mais bon, amen, ce film ne m'empêchera pas de dormir. Dommage, quelque part. Moi, j'aime autant m'en féliciter. Sur ce, bonne nuit.